L'Ultima Bumma... par Henri Gougaud

Venera Battiato est une bombe tendre. Elle réussit ce prodige, plus d’une heure durant, de faire de nous une famille de paysans siciliens émigrés en Lorraine ouvrière avec bagages, provisions et dans les yeux la vie pointue que rien ne peut désabuser. A elle seule elle est la cour de la maison, la saveur de l’olive, la place du village, le voyage au long cours à travers l’Italie, le chapelet des gares, et Metz, au nord, là-haut, et l’école, l’usine, le père, l’opéra.
Familière, drôle, complice, émouvante et proche, si proche de nos saintes naïvetés, son épopée des pauvres est un de ces moments qu’on n’a pas envie d’oublier. Elle sait changer les mots en lumière, en parfums, en caresses, en musiques





Henri Gougaud

Henri Gougaud est aujourd'hui une sommité dans le monde du conte. Homme de radio, poète, romancier, chanteur, Gougaud se définit comme un "couseur d'histoires", variant les fils et les aiguilles. Originaire de Carcassonne, cité médiévale propre à exciter les rêves et leurs diverses transcriptions écrites et orales, Henri Gougaud rencontre dans un premier temps le succès d'édition. D'abord chanteur et écrivain, Gougaud devient le chantre du conte érotique, notamment au travers de son Livre des amours, et de ses spectacles Beau Désir et L'arbre d'amour et de plaisir. La star du conte a exercé aussi les fonctions de directeur de La Grande Oreille, assurant dans chaque numéro l'édito d'ouverture, rédigeant articles et contes inédits. Sont disponibles à L'Autre Label : Le langage obscur et Le grand parlé (Contes des pays du monde, vol.1 et 2) ; Le livre des amours (Contes de l'envie d'elle et du désir de lui).

Venera...par le public

« Avec pudeur, audace et malice, vous avez su pincer les cordes du coeur »

« La précision du texte, le naturel de l'interprétation nous entraîne dans ce monde simple où l'on se sent bien. »

« Une heure de rire, de joie, d'émotion et surtout une sincérité étonnante. Bravo ! »

« Bravissimo ! Plein de sensibilité, de joie de vivre, super ! Merci pour ce moment de bonheur. Chacun y retrouve l'image et le charme de ses propres racines. »

« C'est doux, c'est chaud, ça éveille la curiosité et donne envie de soleil ».

« Merci pour ce spectacle à la fois tendre et joyeux. La meilleure façon de se souvenir, c'est de partager les moments forts de sa vie avec les autres ».

Venera, l'Ultima Bumma... par David - étudiant ESAD (Ecole Supérieure des Arts Déco Strasbourg)


Sur une trame qui évoque le souvenir d’anecdotes personnelles de la conteuse, narratrice, d’évocations sensitives ou bien épiques (le départ), de nombreuses figures théâtrales viennent ponctuer le récit. Toutes les figures sont réunies en la personne d’Alfio qui est en fait le médiateur, le transmetteur de cette réalité passée de la Sicile.
La conteuse fascinée par ce père qui a forgé pour elle tout un univers, cherche à reproduire, recréer cette magie qu’il lui a transmise. La Sicile est presque toujours vue des yeux du père ou de la petite fille. C’est donc un univers réinventé et déformé, comme les contes, du fait de cette transmission de bouche à oreille qui déforme la réalité.

La culture en Sicile se transmet par l’oral, les discussions sur la place et les spectacles.Le rapport à l'écriture n'est pas celui de la France de l'époque. Derrière ce spectacle, c'est sans doute, la nostalgie des conteurs maîtres de la parole directe qui est évoquée. Il y a donc les expressions populaires du spectacle en Sicile: l'orateur communiste, le canta storie, les marrionnettes et aussi l'opéra et le désir d'Alfio d'accéder à la culture bourgeoise, aristocratique: Dante, Léopardi et l'opéra. Mais cette culture là est surtout écrite. L'opéra est entre les deux. En Italie, avec Verdi, l'opéra a trouvé une force politique réformatrice, le compositeur a su garder un caractère qui parle au peuple.

La scène c'est le lieu de l'extériorité, naturelle chez « le père », mais c'est aussi le lieu du prestige. C'est aussi une force politique. Finalement, la question de la lutte des classes est plus fortement exprimée dans le passage de l'opéra sur la place Stanislas que dans les grèves ouvrières. Il y a donc d'un côté le spectacle fascinant et heureux de la vie sicilienne et un autre spectacle qui est directement vécu en France par la conteuse, c'est celui de la lutte de classe.De classe de cours avec l'institutrice qui devient une actrice au service de l'endoctrinement patronal et aussi, les grèves. La maison de prusse, n'est-elle pas une loge où le spectacle est le plus visible?


La conteuse endosse plusieurs rôles, celui de la médiatrice, elle rejoue son père et le fait revivre, l'immortalise à sa manière, puisqu'elle perpétue la parole. Elle est aussi spectatrice, chroniqueuse de la vie entre la Sicile et la Lorraine.