Venera Battiato, auteur et actrice de l'Ultima Bumma, qu'elle a présenté pour la première fois en Lorraine il y a quelques semaines, à la médiathèque Les Forges, est née en Sicile mais a grandi à Joeuf. Elle se rappelle de la maison de son enfance, de l'école du Génibois...

Son père était métayer dans un petit village de Catania, au pied de l'Etna, et se battait comme ses compagnons pour obtenir la terre qu'il cultivait. Les soirs, il se retrouvait sur la petite place pour écouter les anecdotes des personnages qu'il retrouvait, sous le soleil déclinant mais chaleureux de la Sicile. Puis un jour, ce fut la décision de rejoindre la Francia. Il y avait l'image d'un endroit où l'argent coulait à flot explique Venera Battiato, et le régime fascite qui faisait peur.
Battaglia, la Calabre, Roma, la capitale, Firenze, Milano, dans le train où nous allions passer 24 heures ensemble. On découvrait toutes les villes que nous ne connaissions que de nom. Puis Chiasso, la frontière et enfin Metz. Il faisait froid. Nous, on venait du pays du soleil (...).
Joeuf, tremplin de vie. Elle découvre la ville, un nom imprononçable pour nous, son école primaire du Génibois et le mépris d'une institutrice, le collège de Rombas et son professeur d'allemand puis les études de lettres à Nancy. Formée à l'école nationale de mime et de danse à Paris, elle crée un centre de danse en Lorraine et à Lyon. Après un long parcours dans l'univers de l'expression corporelle, elle revient aujourd'hui à ses racines : la Sicile et l'oralité.

Nostalgie créatrice
C'est sa rencontre avec Henri Gougaud qui va la décider à mettre sur pieds son retour vers l'histoire de sa famille, son histoire, l'histoire de tous ces déracinés. Tout est dans son spectacle, l'Ultima bumma, comme ses mémoires joviciennes.Revenir ici, c'est affectif. Les gens sont touchés. Nous habitions la maison de Prusse, juste en face de la médiathèque. A l'époque, elle faisait face à l'entrée de l'usine. Son nom, je pense, vient du fait qu'elle est située juste à la frontière avec la Prusse au début du 20e siècle. Les conflits des usines et des mines ne sont également pas absents de sa nouvelle création. Sa Sicile non plus. Celle d'aujourd'hui n'est plus la même qu'autrefois dit l'artiste, les yeux emplis de la nostalgie que l'on retrouve dans l'Ultima bumma. Mais attention, nostalgie, celle des conteurs de jadis, sur les places des villages n'est pas tristesse. C'est plutôt de la nourriture pour son oeuvre, qui évolue sans cesse. Le conte, c'est vraiment moi, alors que dans la danse, il y avait une distance avec les gens. Là, je raconte, il y a un lien fort avec les gens.
Première apparition verbale à Joeuf, mais certainement pas la dernière. Venera est appelée à revoir les rues et ruelles qu'elle arpentait naguère. L'enfant du pays a bien grandi, en talent comme en sensibilité, mais le lien avec la cité jovicienne est toujours vivace.Nous la reverrons prédit d'ailleurs Thérèse Mauss, directrice de la médiathèque".

Sébastion Boneti