Elle est venue, elle a vu et elle a convaincu par son talent de conteuse. Venera Battiato, sicilienne de naissance puis jovicienne suite à l'immigration de sa famille, raconte "les déracinés". Son retour, vendredi soir a ému. L'Ultima bumma, est poétique, nostalgique... Et essentiel !

Quand on est descendu sur le quai de la gare à Metz, il y avait la neige. Il faisait froid. Nous on venait du pays du soleil, du pays des oliviers. La neige, on connaissait pas. C'était beau ! Tout blanc ! Du coup on ne s'est pas aperçu tout de suite qu'on arrivait au pays noir des hauts-fourneaux". Venera Battiato est dans son spectalce. Voilà 35 minutes qu'elle donne tout ce qu'elle a sur les planches de la médiathèque Les Forges. Face à elle, les oreilles et les coeurs des programmateurs de manifestations, invités pour l'occasion avec quelques-unes de ses connaissances, sont tendus vers le magnifique récit de vie que la désormais Lyonnaise s'évertue à faire partager. « Je crois au pouvoir de l'oralité, des paroles » répète-t-elle. Et ce pouvoir, cette danseuse de formation le maîtrise. Arrivée à Joeuf à l'âge de trois ans avec ses parents, ses soeurs, le nonno, la nonna et une zia en provenance de Catania, en Sicile, elle a laissé son petit coin d'Italie derrière elle, pour le faire ressurgir il y a un peu plus d'un an. « J'étais décidé à rencontrer celui qui pour moi est le plus grand conteur actuel, Henri Gougaud. Cela s'est fait dans un atelier sur Paris » explique Venera Battiato. Le "maître" va alors lui faire prendre conscience de son talent et des possibilités de transmettre l'essence de ses racines transalpines. « Ce qui est ressorti de cet entretien, c'est l'Ultima bumma, la dernière bombe en sicilien. Il a fallu neuf mois pour le créer, le temps d'une gestation... ».
Celle qui marque
« La dernière bombe du feu d'artifice », celle qui marque les esprits, c'est la dernière des trois filles, « c'est moi » précise Venera dans son spectacle. Son père, l'auteur de cette métaphore « c'est mon héros. Je le regarde (...) Je danse autour de la table, c'est sûrement ce qui a décidé de toute ma vie de danseuse ». Et cela se voit dans la façon qu'a l'artiste de prendre possession de la scène. Elle rayonne, ses gestes gracieux sont autant de traits d'union vers un public émerveillé, amusé ou tout simplement ému. Car l'immigration italienne trouve forcément un écho dans ce Pays-Haut riche de cultures si différentes. Voguant entre création pure, souvenirs personnels de ce déracinement, histoires racontées par ses proches, sa famille ou son père, « un conteur à l'italienne », Venera Battiato dit qu'elle parle « de la grandeur des humbles. J'aime cette formule. Je parle de ceux qui ont tout quitté pour rejoindre la Francia, pour y faire fortune ou fuir un régime désapprouvé ».
Les odeurs et les goûts
Accompagnée sur scène par son instrumentiste Marc Séchaud, elle évoque les luttes de ces métayers pour obtenir la terre qu'ils cultivaient, en les mettant en parrallèle avec les grèves d'ici dans les usines et les mines. Deux combats qu'a connus son père, l'homme qui sera au centre de la première oeuvre "parlante" de Venera, comme « une façon de l'immortaliser ». Le voyage de 2000 km de la Sicile à Metz, découvrant les villes italiennes connues et méconnues à la fois. La différence de climat, de culture avec une Lorraine moins expansive, les idéaux communistes, les retours "nel paese" pour les vacances, l'enfance à Joeuf et les études à Nancy... Mais aussi et surtout le soleil de sa région natale, ses odeurs, le goût de sa cuisine.
L'Ultima bumma est poétique, nostalgique, et fait ressentir tout et intensément. « Je veux allumer un écran dans la tête des spectateurs, qu'ils rient, pleurent, se souviennent ». Objectif atteint. « Nous la reprogrammerons cette année ou/et en début d'année prochaine, dans un cadre plus large », conclut Thérèse Mauss, directrice de la médiathèque, enchantée par la performance de "l'enfant du pays". Magnifique, en un mot.